Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/132

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dans l’intention ; comme lorsque la cause est le moyen, et que l’effet est la fin. Ainsi la question est : si la foi ou si la salvation est antérieure dans l’intention de Dieu, c’est-à-dire si Dieu a plutôt en vue de sauver l’homme que de le rendre fidèle.

84 On voit par là que la question entre les supralapsaires et les infralapsaires en partie, et puis entre ceux-ci et les évangéliques, revient à bien concevoir l’ordre qui est dans les décrets de Dieu. Peut-être qu’on pourrait faire cesser cette dispute tout d’un coup, en disant qu’à le bien prendre, tous les décrets de Dieu dont il s’agit sont simultanés non seulement par rapport au temps, en quoi tout le monde convient, mais encore in signo rationis, ou dans l’ordre de la nature. En effet la formule de concorde, après quelques passages de saint Augustin, a compris dans le même décret de l’élection le salut et les moyens qui y conduisent. Pour montrer cette simultanéité des destinations ou des décrets dont il s’agit, il faut revenir à l’expédiènt dont je me suis servi plus d’une fois, qui porte que Dieu, avant que de rien décerner, a considéré, entre autres suites possibles des choses, celle qu’il a approuvée depuis, dans l’idée de laquelle il est représenté comment les premiers parents pèchent, et corrompent leur postérité, comment Jésus-Christ rachète le genre humain, comment quelques-uns, aidés par telles et telles grâces, parviennent à la foi finale et au salut, et comment d’autres, avec ou sans telles ou autres grâces, n’y parviennent point, demeurent sous le péché et sont damnés ; que Dieu ne donne son approbation à cette suite qu’après être entré dans tout son détail, et qu’ainsi il ne prononce rien de définitif sur ceux qui seront sauvés ou damnés, sans avoir tout pesé, et même comparé avec d’autres suites possibles. Ainsi ce qu’il prononce regarde toute la suite à la fois, dont il ne fait que décerner l’existence. Pour sauver d’autres hommes autrement, il aurait fallu choisir une tout autre suite générale, car tout est lié dans chaque suite. Et dans cette manière de prendre les choses, qui est la plus digne du plus sage, dont toutes les actions sont liées le plus qu’il est possible, il n’y aurait qu’un seul décret total qui est celui de créer un tel monde ; et ce décret comprend également tous les décrets particuliers, sans qu’il y ait de l’ordre entre eux ; quoique d’ailleurs on puisse dire que chaque acte particulier de volonté antécédente, qui entre dans le résultat total, a son prix et ordre, à mesure du bien auquel cet acte incline. Mais ces actes de volonté antécédente ne sont point appelés des décrets, puisqu’ils ne sont pas