Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/138

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très habiles soient de mon sentiment. Et cette doctrine est assez confirmée par les obsérvations microscopiques de M. Leuwenhoeck et d’autres bons observateurs. Mais il me paraît encore convenable pour plusieurs raisons qu’elles n’existaient alors qu’en âmes sensitives ou animales, douées de perception et de sentiment, et destituées de raison ; et qu’elles sont demeurées dans cet état jusqu’au temps de la génération de l’homme à qui elles devaient appartenir, mais qu’alors elles ont reçu la raison ; soit qu’il y ait un moyen naturel d’élever une âme sensitive au degré d’âme raisonnable (ce que j’ai de la peine à concevoir), soit que Dieu ait donné la raison à cette âme par une opération particulière, ou, si vous voulez, par une espèce de transcréation. Ce qui est d’autant plus aisé à admettre que la révélation enseigne beaucoup d’autres opérations immédiates de Dieu sur nos âmes. Cette explication paraît lever les embarras qui se présentent ici en philosophie ou en théologie, puisque la difficulté de l’origine des formes cesse entièrement, et puisqu’il est bien plus convenable à la justice divine de donner à l’âme, déjà corrompue physiquement ou animalement par le péché d’Adam, une nouvelle perfection qui est la raison, que de mettre une âme raisonnable par création ou autrement dans un corps où elle doive être corrompue moralement.

92 Or, l’âme étant une fois sous la domination du péché, et prête à en commettre actuellement aussitôt que l’homme sera en état d’exercer la raison, c’est une nouvelle question si cette disposition d’un homme qui n’a pas été régénéré par le baptême suffit pour le damner, quand même il ne viendrait jamais au péché actuel, comme il peut arriver et arrive souvent, soit qu’il meure avant l’âge de raison, soit qu’il devienne hébété avant que d’en faire usage. On soutient que saint Grégoire de Nazianze[1] le nie (Orat. de baptismo) : mais saint Augustin est pour l’affirmative, et prétend que le

    membre de l’Académie des sciences en 1G99, mort en 1725. Ses nombreux ouvrages sont consacrés à des questions de mathématique et de physique, et nous ne savons dans lequel il aurait pu traiter la question dont parle ici Leibniz, à moins que ce ne soit dans sa Lettre sur les serres qui recroissent aux écrevisses quand on les a rompues (Ribliolh. ancienne et moderne). P. J.

  1. Saint Grégoire de Naziance), l’un des plus illustres pères de l’Église grecque, né à Aziance, près de Naziance en Cappadoce, en 328, fut évêque de Constantinople, et mourut vers 389. On a de lui un grand nombre de sermons, de lettres et de poésies, et des discours contre l’empereur Julien. Ses œuvres complètes ont été publiées à Bàle en 1550. Les Bénédictins de Saint-Maur en ont commencé une édition grecque-latine dont le premier volume seulement a paru. P. J.