Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/140

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Innocent XII, contre ce livre posthume du cardinal Sfondrat ; mais dans laquelle ils n’osèrent condamner la doctrine de la peine purement privative des enfants morts sans baptême, la voyant approuvée par le vénérable Thomas d’Aquin, et par d’autres grands hommes. Je ne parle point de ceux qu’on appelle d’un côté jansénistes, et de l’autre côté disciples de saint Augustin, car ils se déclarent entièrement et fortement pour le sentiment de ce Père. Mais il faut avouer que ce sentiment n’a point de fondement suffisant, ni dans la raison, ni dans l’Ecriture, et qu’il est d’une dureté des plus choquantes. M. Nicole l’excuse assez mal dans son livre de l’Unité de l’Église opposé à M. Jurieu, quoique M. Bayle prenne son parti (chap. 178 de la Réponse aux questions du provincial, tome 3). M. Nicole se sert de ce prétexte, qu’il y a encore d’autres dogmes dans la religion chrétienne qui paraissent durs. Mais outre que ce n’est pas une conséquence qu’il doit être permis de multiplier ces duretés sans preuve, il faut considérer que les autres dogmes que M. Nicole allègue, qui sont le péché originel et l’éternité des peines, ne sont durs et injustes qu’en apparence ; au lieu que la damnation des enfants morts sans péché actuel et sans régénération le serait véritablement, et que ce serait damner en effet des innocents. Et cela me fait croire que le parti qui soutient cette opinion n’aura jamais entièrement le dessus dans l’église romaine même. Les théologiens évangéliques ont coutume de parler avec assez de modération sur ce sujet, et d’abandonner ces âmes au jugement et à la clémence de leur créateur. Et nous ne savons pas toutes les voies extraordinaires dont Dieu se peut servir pour éclairer les âmes.

94 L’on peut dire que ceux qui damnent pour le seul péché originel, et qui damnent par conséquent les enfants morts sans baptême, ou hors de l’Alliance, tombent sans y penser dans un certain usage de la disposition de l’homme et de la prescience de Dieu, qu’ils désapprouvent en d’autres : ils ne veulent pas que Dieu refuse ses grâces à ceux qu’il prévoit y devoir résister, ni que cette prévision et cette disposition soient cause de la damnation de ces personnes ; et cependant ils prétendent que la disposition qui fait le péché originel, et dans laquelle Dieu prévoit que l’enfant péchera aussitôt qu’il sera en âge de raison, suffise pour damner cet enfant par avance. Ceux qui soutiennent l’un et rejettent l’autre ne gardent pas assez d’uniformité et de liaison dans leurs dogmes.

95 Il n’y a guère moins de difficulté sur ceux qui parviennent à