Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/143

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depuis évêque de Wurzbourg, et enfin aussi archevêque de Mayence ; lequel fit cesser ces brûleries aussitôt qu’il parvint à la régence. En quoi il a été suivi par les ducs de Brunswick, et enfin par la plupart des autres princes et états d’Allemagne.

98 Cette digression m’a paru de saison, parce que cet auteur mérite d’être plus connu, et je reviens au sujet, où j’ajouterai qu’en supposant qu’aujourd’hui une connaissance de Jésus Chrsit selon la chair est nécessaire au salut, comme en effet c’est le plus sûr de l’enseigner, l’on pourra dire que Dieu la donnera à tous ceux qui font ce qui dépend humainement d’eux, quand même il faudrait le faire par miracle. Aussi ne pouvons-nous savoir ce qui se passe dans les âmes à l’article de la mort : et si plusieurs théologiens savants et graves soutiennent que les enfants reçoivent une espèce de foi dans le baptême, quoiqu’ils ne s’en souviennent point depuis, quand on les interroge là-dessus ; pourquoi prétendrait-on que rien de semblable, ou même de plus exprès, ne se put faire dans les mourants que nous ne pouvons pas interroger après leur mort ? De sorte qu’il y a une infinité de chemins ouverts à Dieu, qui lui donnent moyen de satisfaire à sa bonté ; et tout ce qu’on peut objecter, c’est que nous ne savons pas de quelle voie il se sert : ce qui n’est rien moins qu’une objection valable.

99 Venons à ceux qui ne manquent pas du pouvoir de se corriger, mais de bonne intention : ils sont inexcusables sans doute ; mais il y reste toujours une grande difficulté par rapport à Dieu, puisqu’il dépendait de lui de leur donner cette bonne volonté même. Il est le maître des volontés, les cœurs des rois et ceux des autres hommes sont dans sa main. La sainte Ecriture va jusqu’à dire qu’il endurcit quelquefois les méchants pour montrer sa puissance en les punissant. Cet endurcissement ne doit pas être entendu comme si Dieu y imprimait extraordinairement une espèce d’antigrâce, c’est-à-dire une répugnance au bien ou même une inclination au mal, comme la grâce qu’il donne est une inclination au bien ; mais c’est que Dieu, ayant considéré la suite des choses qu’il a établies, a trouvé à propos, pour des raisons supérieures, de permettre que Pharaon, par exemple, fût dans des circonstances qui augmentassent sa méchanceté ; et que la divine sagesse a voulu tirer un bien de ce mal.

100 Ainsi le tout revient souvent aux circonstances, qui font une partie de l’enchaînement des choses. Il y a une infinité d’exemples des petites circonstances qui servent à convertir ou à pervertir. Rien