Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/95

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Idem tamen benignus Ultor retundit iram, Paucosque non piorum Patitur perire in ævum ; que plusieurs ont cru de son temps que le nombre de ceux qui seront assez méchants pour être damnés serait très petit ; et il semble à quelques-uns qu’on croyait alors un milieu entre l’enfer et le paradis ; que le même Prudence parle comme s’il était content de ce milieu ; que saint Grégoire de Nysse[1] incline aussi de ce côté-là, et que saint Jérôme[2] penche vers l’opinion qui veut que tous les chrétiens seraient enfin reçus en grâce. Un mot de saint Paul, qu’il donne lui-même pour mystérieux, portant que tout Israël sera sauvé, a fourni de la matière à bien des réflexions. Plusieurs personnes pieuses, et même savantes, mais hardies, ont ressuscité le sentiment d’Origène, qui prétend que le bien gagnera le dessus en son temps, en tout et partout, et que toutes les créatures raisonnables deviendront enfin saintes et bienheureuses, jusqu’aux mauvais anges. Le livre de l’Evangile éternel[3], publié depuis peu en allemand, et soutenu par un grand et savant ouvrage intitulé Apokatastasin panton a causé beaucoup de bruit sur ce grand paradoxe. M. Le Clerc a aussi plaidé ingénieusement la cause des origénistes, mais sans se déclarer pour eux.

18 Il y a un homme d’esprit qui, poussant mon principe de l’harmonie jusqu’à des suppositions arbitraires que je n’approuve nullement, s’est fait une théologie presque astronomique[4]. Il croit que le désordre présent de ce bas monde a commencé lorsque l’ange président du globe de la terre, laquelle était encore un soleil (c’est-à-dire une étoile fixe et lumineuse par elle-même), a commis

  1. Grégoire DE Nysse, frère de saint Basile, né à Sébaste vers 331, mort vers 392 ou 400, fut évêque de Nysse en 371 ou 372. Ses principaux ouvrages sont VHexameron (suite de celui de saint Basile) traité de la formation de l’homme Écrits contre les hérétiques. Ses œeuvres complètes (gr. lat.) ont été publiées à Paris, 1615, 2 vol. in-fol. P. J.
  2. Saint Jérôme (Hieronymus), né en 331 à Stridon (Parménie), mort en 420 à Bethléem. On connaît sa profonde science dans les Écritures Saintes, qu’il a traduites et commentées, l’histoire de ses austérités, la fondation de son couvent de Bethléem, ses luttes contre les hérétiques, et l’influence qu’il exerça sur plusieurs dames romaines illustres, sainte Pailla, particulièrement. Ses œuvres complètes ont été plusieurs fois publiées. La meilleure édition est celle de 1704, Paris, 5 vol. in-fol., par dom Martianay. P. J.
  3. L’Évangile éternel, livre mystique célèbre du xiii0 siècle. P. J.
  4. Théologie astronomique. Nous ne savons quel est l’auteur de cette théologie. P.J.