Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/97

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pervertis ; ils sentiront leur tort, ils adoreront leur Créateur, et commenceront même à l’aimer d’autant plus qu’ils verront la grandeur de l’abîme dont ils sortent. En même temps (en vertu du parallélisme harmonique des règnes de la nature et de la grâce) ce long et grand incendie aura purgé le globe de la terre de ses taches. Il redeviendra soleil ; son ange président reprendra sa place avec les anges de sa suite ; les hommes damnés seront avec eux du nombre des bons anges ; ce chef de notre globe rendra hommage au Messie, chef des créatures : la gloire de cet ange réconcilié sera plus grande qu’elle n’avait été avant sa chute.

Inque Deos iterum fatorum lege receptus Aureus aeternum noster regnabit Apollo.

La vision m’a paru plaisante, et digne d’un origéniste ; mais nous n’avons point besoin de telles hypothèses ou fictions, où l’esprit a plus de part que la révélation, et où même la raison ne trouve pas tout à fait son compte ; car il ne paraît pas qu’il y ait un endroit principal dans l’univers connu qui mérite préférablement aux autres d’être le siège de l’aîné des créatures, et le soleil de notre système au moins ne l’est point.

19 En nous tenant donc à la doctrine établie, que le nombre des hommes damnés éternellement sera incomparablement plus grand que celui des sauvés, il faut dire que le mal ne laisserait pas de paraître presque comme rien en comparaison du bien, quand on considérera la véritable grandeur de la cité de Dieu. Caelius Secundus Curio[1] a fait un petit livre De amplitudine regni colestis qui a été réimprimé il n’y a pas longtemps ; mais il s’en faut beaucoup qu’il ait compris l’étendue du royaume des cieux. Les anciens avaient de petites idées des ouvrages de Dieu, et saint Augustin, faute de savoir les découvertes modernes, était bien en peine quand il s’agissait d’excuser la prévalence du mal. Il semblait aux anciens qu’il n’y avait que notre terre d’habitée, où ils avaient même peur des antipodes ; le reste du monde était, selon eux, quelques globes luisants et quelques sphères cristallines. Aujourd’

  1. Cuiuo.v (Cœlius Secundus), né à San-Chirico, en Piémont, en 1503, l’un des rares Italiens convertis à la Réforme, mort à Bàle en 1569. Entre autres ouvrages, nous citerons comme se rapportant à la philosophie Araneus, sive de Providentiel Dei (Bâle, 1554, in-8°) De Ainplitudine Oeati regni Dei dialogi, sive libri duo, 1554, in-S°, et Francfort, 1G17, in-8° enfin un Pasquillus extaticus, Genève, 1554, in-8°, trad. en français sous ce titre Les Visions de Pasquillc, 1547, où l’auteur expose sa profession de foi. P. J.