Page:Hérodote - Histoire, trad. Larcher, tome 1, 1850.djvu/373

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
374
HISTOIRE D’HÉRODOTE.

« Ioniens, le terme qui vous a été prescrit est passé ; vous avez tort de rester plus longtemps. Si la crainte vous a retenus jusqu’à présent en ces lieux, rompez maintenant le pont, retirez-vous promptement, et, flattés d’avoir recouvré votre liberté, rendez-en grâces aux dieux et aux Scythes. Quant à celui qui était auparavant votre maître, nous allons le traiter de manière qu’il ne fera plus la guerre à personne. »

CXXXVII. L’affaire mise en délibération, Miltiade d’Athènes, qui était commandant, et tyran de la Chersonèse de l’Hellespont, fut d’avis de suivre le conseil des Scythes, et de rendre la liberté à l’Ionie ; mais Histiée, tyran de Milet, s’y opposa. Il représenta qu’ils ne régnaient dans leurs villes que par Darius ; que si la puissance de ce prince était détruite, ils perdraient leur autorité, et que lui-même ne pourrait plus conserver la sienne dans Milet, ni les autres la leur dans leurs États, les villes préférant toutes la démocratie à la tyrannie. Tous ceux qui avaient d’abord été de l’avis de Miltiade revinrent aussitôt à celui d’Histiée.

CXXXVIII. Ceux qui furent de cette opinion étaient en grande estime auprès du roi. Parmi les tyrans de l’Hellespont, il y avait Daphnis d’Abydos, Hippoclus de Lampsaque, Hérophante de Parium, Métrodore de Proconnèse, Aristagoras de Cyzique, Ariston de Byzance ; ceux de l’Ionie étaient Strattis de Chios, Æacès de Samos, Léodamas de Phocée, Histiée de Milet, qui fut d’un avis contraire à celui de Miltiade. Aristagoras de Cyme fut le seul homme considérable qui assistait à ce conseil, du côté des Éoliens.

CXXXIX. Le sentiment d’Histiée ayant été approuvé, on ajouta qu’on romprait, de la longueur de la portée d’un trait, l’extrémité du pont du côté de la Scythie, afin de montrer aux Scythes qu’on voulait, en quelque sorte, les obliger, quoique dans le fond on n’en fît rien, et de crainte que les Scythes ne voulussent, malgré eux, passer l’Ister sur le pont. Il fut aussi réglé qu’on leur enverrait dire qu’en rompant la partie du pont qui aboutissait à leur