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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t4.djvu/364

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sorte de sensation mixte ou complexe, que j’appelle idée.

La maniere de former les idées est ce qui donne un caractere à l’esprit humain. L’esprit qui ne forme ses idées que sur des rapports réels est un esprit solide ; celui qui se contente des rapports apparens est un esprit superficiel : celui qui voit les rapports tels qu’ils sont, est un esprit juste ; celui qui les apprécie mal, est un esprit faux ; celui qui controuve des rapports imaginaires qui n’ont ni réalité ni apparence, est un fou ; celui qui ne compare point est un imbécile. L’aptitude plus ou moins grande à comparer des idées & à trouver des rapports, est ce qui fait dans les hommes le plus ou le moins d’esprit, &c.

Les idées simples ne sont que des sensations comparées. Il y a des jugemens dans les simples sensations aussi bien que dans les sensations complexes que j’appelle idées simples. Dans la sensation, le jugement est purement passif, il affirme qu’on sent ce qu’on sent. Dans le perception ou idée, le jugement est actif ; il rapproche, il compare, il détermine des rapports que le sens ne détermine pas. Voilà toute la différence, mais elle est grande. Jamais la Nature ne nous trompe ; c’est toujours nous qui nous trompons.

Je vois servir à un enfant de huit ans d’un fromage glacé. Il porte la cuiller à sa bouche, sans savoir ce que c’est, & saisi de froid, s’écrie : Ah ! cela me brûle ! Il éprouve une sensation très-vive ; il n’en connoit point de plus vive que la chaleur du feu, & il croit sentir celle-là. Cependant il s’abuse, le saisissement du froid le blesse, mais il ne le brûle pas, & ces deux sensations ne sont pas sembles, puisque