Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/16

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le mot prêté à Crésus, μᾶλλον ὁ Φρύξ), s’accordent à lui assigner la Phrygie pour patrie. Quelques-uns précisaient même la ville de Phrygie où il était né : c’était, d’après Suidas et Constantin Porphyrogénète, Kotyaïum ; c’était Amorium, d’après la vie légendaire d’Ésope. Si l’on a cherché la patrie d’Ésope hors de la Grèce, en Phrygie, c’est que le nom Αἴσωπος ne semble pas être un nom grec ; on a cru y voir un nom phrygien, qu’on rapprochait du nom du fleuve phrygien Αἴσηπος, et peut-être du guerrier troyen Αἴσηπος dont il est question chez Homère, Z 21 ; on l’a rapproché aussi du mot Ἢσοπος qu’on lit sur un vase de Sigée C. J. G., I, 8. Une Vie d’Ésope le fait Lydien, sans doute parce que, d’après la tradition qui apparaît pour la première fois dans Héraclide, il fut esclave du Lydien Xanthos. En somme, toutes ces traditions ne reposant que sur des conjectures, il serait vain de s’arrêter à l’une d’elles : mieux vaut se résigner à ignorer ce qu’on ne peut savoir.


Époque d’Ésope.

Hérodote, on l’a vu, fait d’Ésope un comtemporain de Rhodopis, qui vécut sous le règne d’Amasis, 570-526. Héraclide de Pont le place au temps de Phérécyde de Scyros, olympiade 59, c’est-à-dire vers 540 ; Hermippos chez Diogène Laërce (in Chilone) dans la 52e olympiade, Eusèbe dans la 54e, Suidas dans la 40e ; mais le chiflre de Suidas est évidemment tronqué, et un peu plus loin Suidas lui-même parle de la 54e olympiade. Phèdre et d’autres le font vivre au temps de Pisistrate 612-527. Évidemment tous ces renseignements sont approximatifs et reposent sur l’assertion d’Hérodote.


Conclusions.

En somme tout ce que nous savons d’à peu près certain sur Ésope repose sur le témoignage de cet historien. Il était, par le temps, assez rapproché d’Ésope pour que son information fondée sur la tradition orale ou les écrits d’un devancier – Eugéion ou tout autre – puisse nous inspirer confiance, et il était assez scrupuleux sur la vérité historique pour que son témoignage paraisse recevable même à la critique moderne. Retenons donc d’après Hérodote qu’il y eut en Grèce au cours du sixième siècle un certain Ésope qui acquit de la réputation en composant ou récitant des fables ; qu’il fut peut-être, avec