Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/174

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


mettait le pied sur un aspic endormi, qui se retourna et lui lança un coup de dent. Et lui, se sentant mourir se dit : « Malheureux que je suis ! je voulais attraper une proie, et je ne me suis pas aperçu que je devenais moi-même la proie de la mort. »

C’est ainsi qu’en ourdissant des embûches à son prochain on tombe le premier dans le malheur.

138


LE VIEUX CHEVAL


Un vieux cheval fut vendu pour tourner la meule. Quand il se vit attelé au moulin, il gémit et s’écria : « Après les tours de la carrière, à quels tours me voilà réduit ! »

Ne soyez pas trop fier de la force que donne la jeunesse ou la renommée : pour bien des gens le temps de la vieillesse s’est consumé en pénibles travaux.

139


LE CHEVAL, LE BŒUF, LE CHIEN ET L’HOMME.


Quand Zeus créa l’homme, il ne lui accorda qu’une courte existence. Mais l’homme, tirant parti de son intelligence, quand vint l’hiver, se bâtit une maison et y vécut. Or un jour le froid étant devenu violent et la pluie s’étant mise à tomber, le cheval, ne pouvant y durer, vint en courant chez l’homme et lui demanda de l’abriter. Mais l’homme déclara qu’il ne le ferait qu’à une condition, c’est que le cheval lui donnerait une partie des années qui lui étaient départies. Le cheval en fit l’abandon volontiers. Peu après le bœuf aussi se présenta : lui non plus ne pouvait soutenir le mauvais temps. L’homme répondit de même qu’il ne le recevrait pas, s’il ne lui donnait un certain nombre de ses propres années ; le bœuf en donna une partie et fut admis. Enfin le chien mourant de froid vint aussi, et, en cédant une partie du temps