Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/25

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ment « ésopique ». Ce qui a donné naissance à ces désignations diverses, c’est l’habitude, qui subsiste encore chez les peuples modernes, d’attribuer à un voisin tel trait d’esprit ou de niaiserie : pour un Parisien, telle vantardise un peu forte vient des bords de la Garonne ; pour un Anglais les naïvetés plaisantes ou mordantes sont un produit de la vieille Irlande.


Pays d’origine de la fable.

Cependant on peut voir encore dans ce grand nombre d’appellations qui embrassent tous les pays grecs, depuis les rivages de l’Asie jusqu’à la Sicile et à l’Italie méridionale, et même les côtes de l’Afrique, autre chose que le désir de railler le voisin et de piquer la curiosité par un conte venu de l’étranger. On est en droit d’y reconnaître que la fable ne fut pas l’apanage d’une tribu ni d’un pays particulier, mais une production commune à toute la Grèce ; et comme ce sont les pays d’Asie, depuis la Phrygie jusqu’à la Carie et à l’île de Cypre, qui tiennent le plus de place dans ce catalogue des pays qui ont pris part à la production de la fable, on peut en conclure que l’Asie mineure a été le champ où la fable a poussé la végétation la plus luxuriante, et j’ajouterai aussi la plus précoce ; car l’Asie est le pays du lion ; et les fables où figure ce roi des animaux – celle du Lion vieilli et du Renard semble déjà connue d’Archiloque et de Solon – ont dû prendre naissance en Asie, puis de là passer dans les îles et sur le continent. Les Grecs devaient avoir le sentiment de cette origine, quand ils attribuaient à Ésope une origine phrygienne ou lydienne, c’est-à-dire asiatique.


La fable vient-elle d’Égypte ?

Pensaient-ils aussi, quand ils parlaient des fables égyptiennes, que la fable devait quelque chose à l’Égypte[1] ? On sait qu’Hérodote en avait rapporté le fameux conte de Rhampsinite, dont on a retrouvé de nos jours l’original sur un papyrus. Maspéro l’a publié avec d’autres contes, dont l’un, les aventures de Sinouhit est vieux de 4000 ans[2]. Mais si les papyrus nous ont fourni des contes, ils n’ont livré jusqu’ici

  1. V. Zündel, Rh. Mus., V, 1847, 422 sqq.
  2. Maspéro, Les Contes populaires de l’ancienne Égypte, Paris, 1889.