Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/280

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sur une hauteur. De là voyant flotter au loin des broussailles, ils les prirent pour un grand vaisseau de guerre ; aussi attendirent-ils, pensant qu’il allait aborder. Mais les broussailles poussées par le vent s’étant rapprochées, ils crurent voir, non plus un vaisseau de guerre, mais un vaisseau de charge. Une fois arrivées au rivage, ils virent que c’étaient des broussailles, et se dirent entre eux : « Comme nous étions sots d’attendre une chose qui n’était rien ! »

Cette fable montre que certains hommes qui paraissent redoutables parce qu’ils sont inconnus, révèlent leur nullité à la première épreuve.



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LE VOYAGEUR ET LA VÉRITÉ


Un voyageur qui passait dans un désert rencontra une femme solitaire qui tenait ses yeux baissés. « Qui es-tu ? » demanda-t-il. « La Vérité », répondit-elle. « Et pour quel motif as-tu quitté la ville et habites-tu le désert ? » Elle répondit : « Parce que, dans les temps anciens, le mensonge ne se rencontrait que chez un petit nombre d’hommes ; maintenant il est chez tous, quoi qu’on entende et quoi qu’on dise. »

La vie devient mauvaise et pénible pour les hommes, lorsque le mensonge prévaut sur la vérité.



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LE VOYAGEUR ET HERMÈS


Un voyageur, qui avait un long trajet à faire, fit vœu, s’il trouvait quelque chose, d’en consacrer la moitié à Hermès. Or il trouva une besace où il y avait des amandes et des dattes. Il la ramassa, s’imaginant que c’était de l’argent, la secoua, et, voyant ce qu’elle renfermait, le mangea : puis, prenant les coquilles des amandes et les noyaux des dattes, il les plaça