Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/75

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1871.


I
ARRIVÉE À BORDEAUX.


Le 14 février, lendemain de son arrivée à Bordeaux, M. Victor Hugo, à sa sortie de l’Assemblée, invité à monter sur un balcon qui domine la grande place, pour parler à la foule qui l’entourait, s’y est refusé. Il a dit à ceux qui l’en pressaient :


À cette heure, je ne dois parler au peuple qu’à travers l’Assemblée. Vous me demandez ma pensée sur la question de paix ou de guerre. Je ne puis agiter cette question ici. La prudence fait partie du dévouement. C’est la question même de l’Europe qui est pendante en ce moment. La destinée de l’Europe adhère à la destinée de la France. Une redoutable alternative est devant nous, la guerre désespérée ou la paix plus désespérée encore. Ce grand choix, le désespoir avec la gloire ou le désespoir avec la honte, ce choix terrible ne peut se faire que du haut de la tribune. Je le ferai. Je ne manquerai, certes, pas au devoir. Mais ne me demandez pas de m’expliquer ici. Une parole de trop serait grave dans la place publique. Permettez-moi de garder le silence. J’aime le peuple, il le sait. Je me tais, il le comprendra.


Puis, se tournant vers la foule, Victor Hugo a jeté ce cri : Vive la République ! Vive la France !