Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/83

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j’ai tâché de faire avec la parole ce que mon père faisait avec l’épée. Il fut vainqueur, je suis vaincu. Hélas ! vaincus, nous le sommes tous. Nous avons tous au plus profond du cœur la plaie de la patrie. Voici le vaillant maire de Strasbourg qui vient d’en mourir. Tâchons de vivre, nous. Tâchons de vivre pour voir l’avenir, je dis plus, pour le faire. En attendant, préparons-le.

Préparons-le. Comment ?

Par la résistance commencée dès aujourd’hui.

N’exécutons l’affreux traité que strictement.

Ne lui accordons expressément que ce qu’il stipule.

Eh bien, le traité ne stipule pas que l’Assemblée se retranchera les représentants de la Lorraine et de l’Alsace ; gardons-les.

Les laisser partir, c’est signer le traité deux fois.

C’est ajouter à l’abandon forcé l’abandon volontaire.

Gardons-les.

Le traité n’y fait aucun obstacle. Si nous allions au delà de ce qu’exige le vainqueur, ce serait un irréparable abaissement. Nous ferions comme celui qui, sans y être contraint, mettrait en terre le deuxième genou.

Au contraire, relevons la France.

Le refus des démissions des représentants alsaciens et lorrains la relèvera.

Le traité voté est une chose basse ; ce refus sera une grande chose. Effaçons l’un par l’autre.

Dans ma pensée, à laquelle, certes, je donnerai suite, tant que la Lorraine et l’Alsace seront séparées de la France, il faudrait garder leurs représentants, non seulement dans cette assemblée, mais dans toutes les assemblées futures.

Nous, les représentants du reste de la France, nous sommes transitoires ; eux seuls sont nécessaires.

La France peut se passer de nous, et pas d’eux. À nous, elle peut donner des successeurs ; à eux, non.

Son vote en Alsace et en Lorraine est paralysé.

Momentanément, je l’affirme ; mais, en attendant, gardons les représentants alsaciens et lorrains.

La Lorraine et l’Alsace sont prisonnières de guerre. Conservons leurs représentants. Conservons-les indéfiniment, jusqu’au jour de la délivrance des deux provinces, jusqu’au jour de la résurrection de la France. Donnons au malheur héroïque un privilège. Que ces représentants aient l’exception de la perpétuité, puisque leurs nobles pays ont l’exception de l’asservissement.