Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol3.djvu/181

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lesdéfinitions. Mais, en suite de cette définition, il y aura deux choses qu’on appellera du nom de temps : l’une est celle que tout le monde entend naturellement par ce mot, et que tous ceux qui parlent notre langue nomment par ce terme ; l’autre sera le mouvement d’une chose créée, car on l’appellera aussi de ce nom suivant cette nouvelle définition. Il faudra donc éviter les équivoques, et ne pas confondre les conséquences. Car il ne s’ensuivra pas de là que la chose qu’on entend naturellement par le mot de temps soit en effet le mouvement d’une chose créée. Il a été libre de nommer ces deux choses de même ; mais il ne le sera pas de les faire convenir de nature aussi bien que de nom. Ainsi, si l’on avance ce discours : « Le temps est le mouvement d’une chose créée » ; il faut demander ce qu’on entend par ce mot de temps, c’est-à— dire si on lui laisse le Sens ordinaire et reçu de tous, ou si on l’en dépouille pour lui donner en cette occasion celui de mouvement d’un chose créée. Que si on le destitue de tout autre sens, on ne peut contredire, et ce sera une définition libre, ensuite de laquelle, comme j’ai dit, il y aura deux choses qui auront ce même nom. Mais si on lui laisse son sens ordinaire, et qu’on prétende néanmoins que ce qu’on entend par ce mot soit le mouvement d’une chose créée, on peut contredire. Ce n’est plus une définition libre, c’est une proposition qu’il faut prouver, si ce n’est qu’elle soit très évidente d’elle-même ; et alors ce sera un principe et un axiome, mais jamais une définition, parce que dans cette énonciation on n’entend pas que le mot de temps signifie la même chose que ceux-ci, le mouvement d’une chose créée ; mais on entend que ce que l’on conçoit par le terme de temps soit ce mouvement supposé.

Si je ne savais combien il est nécessaire d’entendre ceci parfaitement, et combien il arrive à toute heure, dans les discours familiers et dans les discours de science, des occasions pareilles à celle-ci que j’ai donnée en exemple, je ne m’y serais pas arrêté. Mais il me semble, par l’expérience que j’ai de la confusion des disputes, qu’on ne peut trop entrer dans cet esprit de netteté, pour lequel je fais tout ce traité, plus que pour le sujet que j’y traite.

Car combien y a-t-il de personnes qui croient avoir défini le temps quand ils ont dit que c’est la mesure du mouvement, en lui laissant cependant son sens ordinaire ! Et néanmoins ils ont fait une proposition, et non pas une définition. Combien y en a-t-il de même qui croient avoir défini le mouvement quand ils ont dit : Motus nec simpliciter actus nec mera potentia est, sed actus entis in potentia. Et cependant, s’ils laissent au mot de mouvement son sens ordinaire comme ils font, ce n’est pas une définition, mais une proposition ; et confondant ainsi les définitions qu’ils appellent définitions de nom, qui sont les véritables définitions libres, permises et géométriques, avec celles qu’ils appellent définitions de chose, qui sont proprement des propositions nullement libres, mais sujettes à contradiction, ils s’y donnent la liberté d’en former aussi bien que des autres ; et chacun définissant les mêmes choses à sa manière, par une liberté qui est aussi défendue dans ces sortes de définitions que permise dans les premières, ils em-