toutes les générations se ressembleroient : aussi voit-on que les opérations qui sont les mêmes dans chacun d’eux, sont celles par où ils ne songent point à se copier. Ce n’est point par imitation que les enfans aprennent à toucher, à voir etc. ils l’aprennent d’eux-mêmes, et néanmoins ils touchent et voient tous de la même maniere.
Cependant, si les hommes vivoient séparément, la diférence des lieux et des climats les placeroit nécessairement dans des circonstances diférentes ; elle mettroit donc de la variété dans leurs besoins, et par conséquent dans leur conduite. Chacun feroit à part les expériences auxquelles sa situation l’engageroit, chacun aquerroit des [480] connoissances particulieres ; mais leurs progrès seroient bien bornés, et ils diféreroient peu les uns des autres.
C’est donc dans la société qu’il y a d’homme à homme une diférence plus sensible. Alors ils se communiquent leurs besoins, leurs expériences : ils se copient mutuellement, et il se forme une masse de connoissances, qui s’acroît d’une génération à l’autre.