et le coloris des tableaux qu’il lui montre. Il les lui fait comparer sous chacun de ces raports : il lui dit pourquoi la composition de celui-ci est mieux ordonnée, le dessein plus exact ; pourquoi cet autre est d’une expression plus naturelle, d’un coloris plus vrai : l’éleve prononce ses jugemens d’abord avec lenteur, peu à peu il s’en fait une habitude ; enfin, à la vue d’un nouveau tableau, il les répete de lui-même si rapidement, qu’il ne paroit pas juger de sa beauté ; il la sent, il la goûte.
Mais le goût dépend sur-tout des premieres impressions qu’on a reçues, et il change d’un homme à l’autre, suivant que les circonstances font contracter des habitudes diférentes. Voila l’unique cause de la variété qui regne à ce sujet. Cependant nous obéissons si naturellement à notre instinct, nous en répétons si naturellement les jugemens, que nous n’imaginons pas qu’il y ait deux façons de sentir. Chacun est prévenu que son sentiment est la mesure de celui des autres. Il ne croit pas qu’on puisse prendre du plaisir à une chose qui ne lui en fait point : il pense qu’on a tout