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Page:Œuvres complètes de Condillac, tome 5 - Traité des animaux, 1803.djvu/130

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au plus sur lui l’avantage de juger froidement qu’elle est belle ; et encore est-il persuadé que ce jugement est bien peu fondé : mais si nous savions que le sentiment n’est dans son origine qu’un jugement fort lent ; nous reconnoîtrions que ce qui n’est pour nous que jugement, peut être devenu sentiment pour les autres.

C’est-là une vérité qu’on aura bien de la peine à adopter. Nous croyons avoir un goût naturel, inné, qui nous rend juges de tout, sans avoir rien étudié. Ce préjugé est général, et il devoit l’être : trop de gens sont intéressés à le défendre. Les philosophes mêmes s’en acommodent, parce qu’il répond à tout, et qu’il ne demande point de recherches. Mais, si nous avons apris à voir, à entendre etc. comment le goût, qui n’est que l’art de bien voir, de bien entendre etc. ne seroit-il pas une qualité aquise ? Ne nous y trompons [494] pas : le génie n’est, dans son origine, qu’une grande disposition pour aprendre à sentir ; le goût n’est que le partage de ceux qui ont fait une étude des arts, et les grands connaisseurs sont aussi rares que les grands artistes.