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Page:Œuvres complètes de Condillac, tome 5 - Traité des animaux, 1803.djvu/164

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Cet amour se develope, s’étend, change de caractere suivant les objets ; il prend autant de formes diférentes, qu’il y a de manieres de se conserver ; et chacune de ces formes est une passion particuliere.

Il est inutile de s’arrêter ici sur toutes ces passions. On voit aisément comment dans la société la multitude des besoins et la diférence des conditions donnent à l’homme des passions dont les bêtes ne sont pas susceptibles.

Mais notre amour-propre a encore un caractere qui ne peut convenir à celui des bêtes. Il est vertueux ou vicieux, parce que nous sommes capables de connoître nos devoirs et de remonter jusqu’aux principes de la loi naturelle. Celui des bêtes est un instinct qui n’a pour objet que des biens et des maux phisiques.

De cette seule diférence naissent pour nous des plaisirs et des peines dont les bêtes ne sauroient se former d’idées : car les inclinations vertueuses sont une source de sentimens agréables, et les inclinations vicieuses sont une source de sentimens désagréables.