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Page:Œuvres complètes de Condillac, tome 5 - Traité des animaux, 1803.djvu/174

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rarement. Chaque individu tend à sa conservation d’une maniere simple et toujours uniforme ; et comme il a peu de combats avec les autres, il en a peu avec lui-même ; car la principale source de nos contradictions intérieures, c’est la dificulté de concilier nos intérêts avec ceux de nos concitoyens.

L’avantage qu’ont les bêtes à cet égard, n’est qu’aparent, puisqu’elles sont bornées à l’instinct par les mêmes causes qui mettent des bornes à leurs besoins. Pour reconnoître combien notre sort est [518] préférable, il suffit de considérer avec quelle supériorité nous pouvons nous-mêmes régler nos pensées.

Si une passion vive agit sur une suite d’idées, dont la liaison est tournée en habitude, je conviens qu’il semble alors qu’une cause supérieure agit en nous sans nous : le corps et l’ame se conduisent par instinct, et nos pensées naissent comme des inspirations.

Voila pourquoi les philosophes n’ont cru voir que la nature dans ces phénomenes, et c’est aussi ce qui a servi de fondement aux divinités feintes que les poëtes invoquent : car notre Apollon et nos Muses ne sont que d’heureuses habitudes, mises en jeu par de grandes passions.

Mais si les passions sont faibles, si les idées sont peu liées, si nous remarquons que pour agir plus sûrement, il en faut aquérir