été, ou du moins aussi bien, et que nous sommes comme nous pouvons désirer d’être. Elle ne peut donc se trouver que dans celui qui a vécu plusieurs momens, qui a comparé les états par où il a passé. Le trouble est l’effet de [458] la crainte et de la méfiance : sentimens qui imposent des connoissances, que cet homme certainement n’avoit point encore.
S’il se trompe, ce n’est pas qu’il ne réfléchit déja sur lui-même. Il remarque qu’il ne savoit ce qu’il étoit, où il étoit, d’où il venoit. Voila des réflexions bien prématurées : il feroit mieux de dire qu’il ne s’ocupoit point encore de tout cela.
Il ouvre les yeux, aussitôt il voit la lumière, la voûte céleste, la verdure de la terre, le crystal des eaux, et il croit que tous ces objets sont en lui et font partie de lui-même. Mais comment ses yeux ont-ils apris à démêler tous ces objets ? et s’ils les démêlent, comment peut-il croire qu’ils font partie de lui-même ? Quelques personnes ont eu de la peine à comprendre que la statue, bornée à la vue, ne se crût que lumiere et couleur. Il est bien plus difficile