Par delà, c’est la nuit. Le mortel téméraire
Qui veut y pénétrer marche sans savoir où.
Mais ne point profiter de ce bienfoit suprême,
Éteindre son esprit & s’aveugler soi-même,
C’est un autre excès non moins fou.
En Perse il fut jadis deux frères,
Adorant le soleil suivant l’antique loi.
L’un d’eux, chancelant dans sa foi,
N’estimant rien que ses chimères,
Prétendoit méditer, connoître, approfondir
De son dieu la sublime essence ;
Et du matin au soir, afin d’y parvenir,
L’œil toujours attaché sur l’astre qu’il encense,
Il vouloit expliquer le secret de ses yeux,
Et dès lors du soleil il nia l’existence.
L’autre étoit crédule & bigot :
Effrayé du sort de son frère,
Il y vit de l’espoir l’abus trop ordinaire,
Et mit tous ses efforts à devenir un sot.
On vient à bout de tout ; le pauvre solitaire
Avait peu de chemin à faire :
Il fut content de lui bientôt.
Mais, de peur d’offenser l’astre qui nous éclaire
En portant jusqu’à lui des regards indiscrets,
Il se fit un trou sous la terre,
Et condamna ses yeux à ne le voir jamais.
Page:Œuvres complètes de Florian, Fauché-Borel, 1793, tome 9 - fables.djvu/101
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