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Page:Œuvres complètes de Florian, Fauché-Borel, 1793, tome 9 - fables.djvu/178

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FABLE VI

Le Prêtre de Jupiter


Un prêtre de Jupiter,
Père de deux grandes filles,
Toutes deux assez gentilles,
De bien les marier fit son soin le plus cher.
Les prêtres de ce temps vivoient de sacrifices,
Et n’avoient point de bénéfices :
La dot étoit fort mince. Un jeune jardinier
Se présenta pour gendre ; on lui donna l’aînée.
Bientôt après cet hyménée
La cadette devint la femme d’un potier.
À quelques jours de là, chaque épouse établie
Chez son époux, le père va les voir.
— Bonjour, dit-il, je viens savoir
Si le choix que j’ai fait rend heureuse ta vie,
S’il ne te manque rien, si je peux y pourvoir.
— Jamais, répond la jardinière,
Vous ne fîtes meilleure affaire :
La paix & le bonheur habitent ma maison ;
Je tâche d’être bonne, & mon époux est bon ;
Il sait m’aimer sans jalousie,
Je l’aime sans coquetterie :
Ainsi tout est plaisir, tout jusqu’à nos travaux ;