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FABLE XVIII.
La Taupe & les Lapins
Chacun de nous souvent connoît bien ses défauts ;
En convenir, c’est autre chose :
On aime mieux souffrir de véritables maux
Que d’avouer qu’ils en sont cause.
Je me souviens, à ce sujet,
D’avoir été témoin d’un fait
Fort étonnant & difficile à croire ;
Mais je l’ai vu : voici l’histoire.
Près d’un bois, le soir, à l’écart,
Dans une superbe prairie,
Des lapins s’amusoient, sur l’herbette fleurie,
A jouer au colin-maillard.
Des lapins ! direz-vous, la chose est impossible.
Rien n’est plus vrai pourtant : une feuille flexible
Sur les yeux de l’un d’eux en bandeau s’appliquoit,
Et puis sous le cou se nouoit :
Un instant en faisoit l’affaire.
Celui que ce ruban privoit de la lumière
Se plaçoit au milieu ; les autres alentour
Sautoient, dansoient, faisoient merveilles,