Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/476

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et ils ont trouvé que ces forces réparatrices se proportionnent aux forces perturbatrices, parce qu’elles en proviennent. Ravis d’admiration devant cette harmonie du monde moral, ils ont dû se passionner pour l’œuvre divine et répugner plus que les autres hommes à tout ce qui peut la troubler. Aussi n’a-t-on jamais vu, que je sache, les séductions de l’intérêt privé balancer dans leur cœur cet éternel objet de leur admiration et de leur amour. Bonaparte s’en étonna. Peu habitué à de telles résistances, il les honora du titre de niais, parce qu’ils refusaient leur concours à sa mission d’arbitraire, la regardant comme incompatible avec les grandes lois sociales qu’ils avaient découvertes et proclamées. Et ce titre glorieux, ils le portent encore, — et on n’en voit aucun aux affaires, car ils n’y veulent entrer qu’avec leur principe.

Je le dis avec regret mais avec franchise, monsieur, je crois que vous avez fait une chose funeste et de nature à égarer les premiers pas d’une jeunesse pleine de confiance dans l’autorité de vos paroles, lorsque, distribuant sans mesure le blâme et l’éloge, vous avez violemment assailli l’école la plus consciencieuse, la plus pratiquement chrétienne qui se soit jamais élevée à l’horizon des sciences morales, réservant votre enthousiasme, votre sympathie et, pardonnez-moi le mot, vos coquettes câlineries pour ces autres écoles qui ne sont, selon vous-même, que la négation de la liberté, de l’ordre, de la propriété, de la famille, de l’amour, des affections domestiques et de tous les sentiments dont Dieu a pétri la nature humaine.

Et ce qui achève de rendre cette injuste appréciation des hommes tout à fait inexplicable, c’est que vous adoptez, ainsi que je l’ai dit, le principe des économistes, la liberté des transactions, la libre concurrence, cette providence de l’égoïsme.

« Il n’y a d’autre organisation du travail, dites-vous,