Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/566

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étriquée, sans portée sociale, dictée par un sentiment étroit de basse et injuste jalousie.

Mais l’article 46 de la Charte, dites-vous. – À cela je n’ai rien à répondre. La Charte est-elle faite pour nous, ou sommes-nous faits pour la Charte ? La Charte est-elle la dernière expression de l’humaine sagesse ? Est-ce un Alcoran sacré descendu du ciel, dont il ne soit pas permis d’examiner les effets, quelque désastreux qu’ils puissent être ? Faut-il dire : Périsse le pays plutôt qu’une virgule de la Charte ? S’il en est ainsi, je n’ai rien à dire, si ce n’est : Électeurs ! la Charte ne vous défend pas de faire de vos suffrages un usage déplorable, mais elle ne vous l’ordonne pas non plus. Quid leges sine moribus ?

En terminant cette trop longue lettre, je devrais répondre à ce que vous me dites de votre position personnelle. Je m’en abstiendrai. Vous pensez que la réforme, si elle a lieu, ne pourra vous atteindre, parce que vous ne dépendez pas du pouvoir responsable, mais bien du pouvoir irresponsable. À la bonne heure. La législature a décidé que cette position n’entraîne pas une incapacité légale. Il appartient aux électeurs de décider si elle ne constitue pas l’incapacité morale la plus évidente que se puisse imaginer.

Je suis, monsieur, votre serviteur.




AUX ÉLECTEURS DES LANDES


Mugron, 22 mars 1848.

Mes chers concitoyens,

Vous allez confier à des représentants de votre choix les destinées de la France, celles du monde peut-être, et je n’ai pas besoin de dire combien je me trouverai honoré si vous me jugez digne de votre confiance.