Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/64

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Bayonne, 10 septembre 1820.


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Une chose qui m’occupe plus sérieusement, c’est la philosophie et la religion. Mon âme est pleine d’incertitude et je ne puis plus supporter cet état. Mon esprit se refuse à la foi et mon cœur soupire après elle. En effet, comment mon esprit saurait-il allier les grandes idées de la Divinité avec la puérilité de certains dogmes, et, d’un autre côté, comment mon cœur pourrait-il ne pas désirer de trouver dans la sublime morale du christianisme des règles de conduite ? Oui, si le paganisme est la mythologie de l’imagination, le catholicisme est la mythologie du sentiment. — Quoi de plus propre à intéresser un cœur sensible que cette vie de Jésus, que cette morale évangélique, que cette médiation de Marie ! que tout cela est touchant…



Bayonne, octobre 1820.


Je t’avoue, mon cher ami, que le chapitre de la religion me tient dans une hésitation, une incertitude qui commencent à me devenir à charge. Comment ne pas voir une mythologie dans les dogmes de notre catholicisme ? Et cependant cette mythologie est si belle, si consolante, si sublime, que l’erreur est presque préférable à la vérité. Je pressens que si j’avais dans mon cœur une étincelle de foi, il deviendrait bientôt un foyer. Ne sois pas surpris de ce que je te dis là. Je crois à la Divinité, à l’immortalité de l’âme, aux récompenses de la vertu et au châtiment du vice. Dès lors, quelle immense différence entre l’homme religieux et l’incrédule ! mon état est insupportable. Mon cœur brûle d’amour et de reconnaissance pour mon Dieu, et j’ignore le moyen de lui payer le tribut d’hommages que je lui dois. Il n’occupe que vaguement ma pensée, tandis que