Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 2.djvu/403

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Je ne sais, Monsieur, si je me fais illusion, mais il me semble que la démonstration rigoureuse que je sollicite de vous, si vous prenez la peine de la formuler, ne sera pas un objet de pure curiosité scientifique, mais dissipera bien des préjugés funestes.

Par exemple, vous savez combien on est impatient de toute concurrence étrangère. C’est le monstre sur lequel se déchargent toutes les colères industrielles. Eh bien ! que voit-on dans le cas proposé ? où est la rivalité réelle ? quel est le vrai, le dangereux concurrent du gantier et du libraire français ? N’est-ce pas le coutelier français qui sollicite l’appui de la loi, pour absorber à lui seul la rémunération de ses deux confrères, même aux dépens d’une perte sèche pour le public ? Et de même, quels sont les vrais, les dangereux antagonistes du coutelier français ? Ce n’est pas le coutelier de Birmingham ; ce sont le libraire et le gantier français, qui, du moins s’ils n’ont pas une taie sur les yeux, feront des efforts incessants pour reprendre au coutelier une clientèle qu’il leur a législativement et injustement ravie. N’est-il pas assez singulier de découvrir que ce monstre de la concurrence, dont nous croyons entendre les rugissements de l’autre côté du détroit, nous le nourrissons au milieu de nous ? D’autres points de vue aussi neufs qu’exacts sortiront de cette équation que j’ose attendre, Monsieur, de vos lumières et de votre patriotisme[1].




  1. Sur la Concurrence, V. tome IV, page 45, et au tome VI, le chap. x. (Note de l’éditeur.)