Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 6.djvu/606

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maux, et qu’en outre elle porte dans son sein une force progressive. Elle est poussée par celle-ci vers un perfectionnement auquel on ne peut assigner de limites.

Si donc le mal individuel n’infirme pas l’harmonie physiologique, encore moins le mal collectif infirme-t-il l’harmonie sociale.

Mais comment concilier l’existence du mal avec l’infinie bonté de Dieu ? Ce n’est pas à moi d’expliquer ce que je ne comprends pas. Je ferai seulement observer que cette solution ne peut pas plus être imposée à l’économie politique qu’à l’anatomie. Ces sciences, toutes d’observation, étudient l’homme tel qu’il est, sans demander compte à Dieu de ses impénétrables secrets.

Ainsi, je le répète, dans ce livre harmonie ne répond pas à l’idée de perfection absolue, mais à celle de perfectionnement indéfini… Il a plu à Dieu d’attacher la douleur à notre nature, puisqu’il a voulu qu’en nous la faiblesse fût antérieure à la force, l’ignorance à la science, le besoin à la satisfaction, l’effort au résultat, l’acquisition à la possession, le dénûment à la richesse, l’erreur à la vérité, l’expérience à la prévoyance. Je me soumets sans murmurer à cet arrêt, ne pouvant d’ailleurs imaginer une autre combinaison. Que si, par un mécanisme aussi simple qu’ingénieux, il a pourvu à ce que tous les hommes se rapprochassent d’un niveau commun qui s’élève toujours, s’il leur assure ainsi, — par l’action même de ce que nous appelons le Mal, — et la durée et la diffusion du progrès, alors je ne me contente pas de m’incliner sous cette main aussi généreuse que puissante, je la bénis, je l’admire et je l’adore.




Nous avons vu surgir des écoles qui ont profité de l’insolubilité (humainement parlant) de cette question pour embrouiller toutes les autres, comme s’il était donné à