Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 7.djvu/129

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ils veulent être autorisés à la combler par une taxe sur les consommateurs. (C’est vous qui l’avez dit : mémoire sur le système des douanes, page 6.) — Les autres demandent que chacun soit propriétaire de ses propres facultés et de leur produit. Ils soutiennent que la nation ne doit payer de taxes que pour faire face aux services publics.

La question ne pouvait être loyalement portée qu’au tribunal de l’opinion ; et vous, Monsieur, qui avez jadis provoqué l’existence de la Ligue, vous deviez au moins rester neutre.

Eh bien ! les monopoleurs s’associent en toute liberté. Ils s’organisent comme ils l’entendent ; ils se coalisent ; ils ont des réunions, des comités, des journaux, un système de contributions qui fonctionne aussi régulièrement que celui de votre collègue des finances. Grâce à ces ressources, au jour marqué, et quand ils le jugent utile à leurs intérêts, la foule de leurs délégués accourt de tous les points du territoire vers le centre du Gouvernement ; elle le circonvient, elle obsède l’administration, elle pèse d’un poids immense sur les résolutions des pouvoirs publics, et il n’y a pas de législature qui ne se voie contrainte de lui prodiguer les deniers des contribuables.

D’un autre côté, les amis de la liberté et de la justice demandent bénévolement à s’associer aussi. Ils n’aspirent qu’à discuter leurs droits, à répandre l’information, à éclairer les esprits. Que les deux systèmes soient admis à se faire écouter, disent-ils : si le nôtre est faux, il succombera ; s’il est vrai, n’est-il pas juste qu’il triomphe ?

Et vous nous refusez l’autorisation !… Ah ! monsieur le Ministre, prenez garde et voyez sur quel terrain vous transportez le débat. Entre vous et nous, il n’est pas question de liberté commerciale ; c’est une lutte que nous soutiendrons contre les monopoleurs et dont l’opinion sera juge. Ce que nous vous demandons, c’est de tenir la balance égale,