Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 7.djvu/318

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plus universellement utile à tous les hommes, celle dont on jouit à chaque instant du jour et dans toutes les circonstances de la vie, — la liberté du travail et de l’échange. Je sais que l’appropriation est le pivot de la société et même de la vie humaine. Je sais que l’échange est impliqué dans la propriété ; que restreindre l’un, c’est ébranler les fondements de l’autre. Je t’approuve de te dévouer à la défense de cette liberté, dont le triomphe doit amener le règne de la justice internationale et, par suite, l’extinction des haines, des préventions de peuple à peuple et des guerres qui en sont la suite.

Mais, en vérité, te présentes-tu dans la lice avec des armes qui conviennent et à la renommée, si tant est que tu y songes, et au succès même de ta cause ? De quoi es-tu occupé, exclusivement occupé ? D’une démonstration, d’un calcul, de la solution d’un problème unique, savoir : La restriction ajoute-t-elle à la colonne des profits ou à la colonne des pertes dans le livre de comptes d’une nation ? Voilà sur quel sujet tu épuises toute ton intelligence ! voilà les bornes où tu as circonscrit cette grande question ! Pamphlets, livres, brochures, articles de journaux, discours, tout est consacré à dégager cette inconnue : La nation, par le fait de la liberté, aura-t-elle cent mille francs de plus ou cent mille francs de moins ? Il semble que tu t’attaches à mettre sous le boisseau toute clarté qui ne jette sur ce théorème qu’un jour indirect. Il semble que tu t’appliques à refouler dans ton cœur toutes ces flammes sacrées que l’amour de l’humanité y avait allumées.

Ne crains-tu pas que ton esprit se sèche et se rétrécisse à cette œuvre analytique, à cette éternelle contention toujours concentrée sur un calcul algébrique ?

Rappelle-toi ce que nous avons dit bien souvent : à moins qu’on n’ait la prétention de faire faire un progrès à une branche isolée des connaissances humaines, ou plutôt, à