Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/113

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ces êtres-là ; et comme elle était vraiment charmante, l’idée me vint soudain de l’emmener… toujours pour fêter ma quarantaine. Ce ne fut ni long ni difficile. Elle se trouvait libre… depuis quinze jours, me dit-elle… et elle accepta d’abord de venir souper aux Halles quand son service serait fini.

Comme je craignais qu’elle ne me faussât compagnie — on ne sait jamais ce qui peut arriver, ni qui peut entrer dans ces brasseries, ni le vent qui souffle dans une tête de femme, — je demeurai là, toute la soirée, à l’attendre.

J’étais libre aussi, moi, depuis un mois ou deux et je me demandais, en regardant aller de table en table cette mignonne débutante de l’Amour, si je ne ferais pas bien de passer bail avec elle pour quelque temps. Je vous conte là une de ces vulgaires aventures quotidiennes de la vie des hommes à Paris.

Pardonnez-moi ces détails grossiers ; ceux qui n’ont pas aimé poétiquement prennent et choisissent les femmes comme on choisit une côtelette à la boucherie, sans s’occuper d’autre chose que de la qualité de leur chair.

Donc, je l’emmenai chez elle, — car j’ai le respect de mes draps. C’était un petit logis d’ouvrière, au cinquième, propre et