Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/114

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pauvre ; et j’y passai deux heures charmantes. Elle avait, cette petite, une grâce et une gentillesse rares.

Comme j’allais partir, je m’avançai vers la cheminée afin d’y déposer le cadeau réglementaire, après avoir pris jour pour une seconde entrevue avec la fillette, qui demeurait au lit ; je vis vaguement une pendule sous globe, deux vases de fleurs et deux photographies dont l’une, très ancienne, une de ces épreuves sur verre appelées daguerréotypes. Je me penchai, par hasard, vers ce portrait, et je demeurai interdit, trop surpris pour comprendre… C’était le mien, le premier de mes portraits… que j’avais fait faire autrefois, quand je vivais en étudiant au quartier Latin.

Je le saisis brusquement pour l’examiner de plus près. Je ne me trompais point… et j’eus envie de rire tant la chose me parut inattendue et drôle.

Je demandai : « Qu’est-ce que c’est que ce monsieur-là ? »

Elle répondit : « C’est mon père, que je n’ai pas connu. Maman me l’a laissé en me disant de le garder, que ça me servirait peut-être un jour… »