Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/151

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fois aussi j’étais content ; il me semblait que j’avais fait une chose louable et nécessaire.

je me demandais : « Ai-je eu tort ? Ai-je eu raison ? » Ils avaient cela dans l’âme comme on garde du plomb dans une plaie fermée. Maintenant ne seront-ils pas plus heureux ? Il était trop tard pour que recommençât leur torture et assez tôt pour qu’ils s’en souvinssent avec attendrissement.

Et peut-être qu’un soir du prochain printemps, émus par un rayon de lune tombé sur l’herbe, à leurs pieds, à travers les branches, ils se prendront et se serreront la main en souvenir de toute cette souffrance étouffée et cruelle ; et peut-être aussi que cette courte étreinte fera passer dans leurs veines un peu de ce frisson qu’ils n’auront point connu, et leur jettera, à ces morts ressuscités en une seconde, la rapide et divine sensation de cette ivresse, de cette folie qui donne aux amoureux plus de bonheur en un tressaillement, que n’en peuvent cueillir, en toute leur vie, les autres hommes !