Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/214

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Je suivais ce long chemin qui va de Saint-Raphaël à l’Italie, ou plutôt ce long décor superbe et changeant qui semble fait pour la représentation de tous les poèmes d’amour de la terre. Et je songeais que depuis Cannes, où l’on pose, jusqu’à Monaco, où l’on joue, on ne vient guère dans ce pays que pour faire des embarras ou tripoter de l’argent, pour étaler, sous le ciel délicieux, dans ce jardin de roses et d’orangers, toutes les basses vanités, les sottes prétentions, les viles convoitises, et bien montrer l’esprit humain tel qu’il est, rampant, ignorant, arrogant et cupide.

Tout à coup, au fond d’une des baies ravissantes qu’on rencontre à chaque détour de la montagne, j’aperçus quelques villas, quatre ou cinq seulement, en face de la mer, au pied du mont, et devant un bois sauvage de sapins qui s’en allait au loin derrière elles par deux grands vallons sans chemins et sans issues peut-être. Un de ces chalets m’arrêta net devant sa porte, tant il était joli : une petite maison blanche avec des boiseries brunes, et couverte de roses grimpées jusqu’au toit.

Et le jardin : une nappe de fleurs, de toutes les couleurs et de toutes les tailles,