Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/244

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la soupe en buvant un verre de cidre ; puis ils demeurèrent immobiles sur leurs chaises, à peine éclairés par la chandelle que la petite servante avait emportée pour laver les cuillers, essuyer les verres, et tailler à l’avance les croûtes pour le déjeuner de l’aurore.

Un coup retentit contre la porte qui s’ouvrit aussitôt ; et le prêtre parut. Le vieux leva sur lui ses yeux inquiets, pleins de soupçons, et, prévoyant un danger, il se disposait à grimper son échelle, quand l’abbé Raffin lui mit la main sur l’épaule et lui hurla contre la tempe :

— J’ai à vous causer, père Amable.

Césaire avait disparu, profitant de la porte restée ouverte. Il ne voulait pas entendre, tant il avait peur ; il ne voulait pas que son espoir s’émiettât à chaque refus obstiné de son père ; il aimait mieux apprendre d’un seul coup la vérité, bonne ou mauvaise, plus tard ; et il s’en alla dans la nuit. C’était un soir sans lune, un soir sans étoiles, un de ces soirs brumeux où l’air semble gras d’humidité. Une odeur vague de pommes flottait auprès des cours, car c’était l’époque où on ramassait les plus précoces, les pommes « euribles » comme on dit au pays du cidre. Les étables, quand