Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/74

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de noir, comme enfoncé dans la tête, les cheveux en désordre, la barbe mêlée, la cravate défaite. Il était visible qu’il ne s’était point couché.

L’homme demanda : « C’est-il que vous êtes malade, m’sieu le maire ? »

L’autre, comprenant soudain que son allure devait être étrange, perdit contenance, balbutia : « Mais non… mais non… Seulement, j’ai sauté du lit pour vous demander cette lettre… Je dormais… Vous comprenez ?… »

Un vague soupçon passa dans l’esprit de l’ancien soldat. Il reprit : « Qué lettre ?

— Celle que vous allez me rendre. »

Maintenant, Médéric hésitait, l’attitude du maire ne lui paraissait pas naturelle. Il y avait peut-être un secret dans cette lettre, un secret de politique. Il savait que Renardet n’était pas républicain, et il connaissait tous les trucs et toutes les supercheries qu’on emploie aux élections.

Il demanda : « À qui qu’elle est adressée, c’te lettre ?

— À M. Putoin, le juge d’instruction ; vous savez bien, M. Putoin, mon ami ! »