Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, III.djvu/107

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— Maman ! maman ! La mère était là, près de moi. Elle avait volé comme un oiseau. Mais ni les yeux de la mère ni les miens ne pouvaient reconnaître la place précise où l’enfant était enseveli. L’eau noire bouillonnait sur un espace immense. Le lit de la Bièvre a, dans cet endroit, dix pieds de boue. L’enfant devait y mourir, il était impossible de le secourir. À cette heure, un dimanche, tout était en repos. La Bièvre n’a ni bateaux ni pêcheurs. Je ne vis ni perches pour sonder le ruisseau puant, ni personne dans le lointain. Pourquoi donc aurais-je parlé de ce sinistre accident, ou dit le secret de ce malheur ? Hélène avait peut-être vengé son père. Sa jalousie était sans doute le glaive de Dieu. Cependant je frissonnai en contemplant la mère. Quel épouvantable interrogatoire son mari, son juge éternel, n’allait-il pas lui faire subir ? Et elle traînait avec elle un témoin incorruptible. L’enfance a le front transparent, le teint diaphane ; et le mensonge est, chez elle, comme une lumière qui lui rougit même le regard. La malheureuse femme ne pensait pas encore au supplice qui l’attendait au logis. Elle regardait la Bièvre.

Un semblable événement devait produire d’affreux retentissements dans la vie d’une femme, et voici l’un des échos les plus terribles qui de temps en temps troublèrent les amours de Juliette.

Deux ou trois ans après, un soir, après dîner, chez le marquis de Vandenesse alors en deuil de son père, et qui avait une succession à régler, se trouvait un notaire. Ce notaire n’était pas le petit notaire de Sterne, mais un gros et gras notaire de Paris, un de ces hommes estimables qui font une sottise avec mesure, mettent lourdement le pied sur une plaie inconnue, et demandent pourquoi l’on se plaint. Si, par hasard, ils apprennent le pourquoi de leur bêtise assassine, ils disent : — Ma foi, je n’en savais rien ! Enfin, c’était un notaire honnêtement niais, qui ne voyait que des actes dans la vie. Le diplomate avait près de lui madame d’Aiglemont. Le général s’était en allé poliment avant la fin du dîner pour conduire ses deux enfants au spectacle, sur les boulevards, à l’Ambigu-Comique ou à la Gaieté. Quoique les mélodrames surexcitent les sentiments, ils passent à Paris pour être à la portée de l’enfance, et sans danger, parce que l’innocence y triomphe toujours. Le père était parti sans attendre le dessert, tant sa fille et son fils l’avaient tourmenté pour arriver au spectacle avant le lever du rideau.