Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/196

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— Une contredanse va me remettre, répondit-elle en donnant la main à un jeune homme qui s’avançait.

Madame de Langeais se mit à valser avec une sorte de fureur et d’emportement que redoubla le regard pesant de Montriveau. Il resta debout, en avant de ceux qui s’amusaient à voir les valseurs. Chaque fois que sa maîtresse passait devant lui, ses yeux plongeaient sur cette tête tournoyante, comme ceux d’un tigre sûr de sa proie. La valse finie, la duchesse vint s’asseoir près de la comtesse, et le marquis ne cessa de la regarder en s’entretenant avec un inconnu.

— Monsieur, lui disait-il, l’une des choses qui m’ont le plus frappé dans ce voyage…

La duchesse était tout oreilles.

… Est la phrase que prononce le gardien de Westminster en vous montrant la hache avec laquelle un homme masqué trancha, dit-on, la tête de Charles Ier en mémoire du roi qui les dit à un curieux.

— Que dit-il ? demanda madame de Sérizy.

Ne touchez pas à la hache, répondit Montriveau d’un son de voix où il y avait de la menace.

— En vérité, monsieur le marquis, dit la duchesse de Langeais, vous regardez mon cou d’un air si mélodramatique en répétant cette vieille histoire, connue de tous ceux qui vont à Londres, qu’il me semble vous voir une hache à la main.

Ces derniers mots furent prononcés en riant, quoiqu’une sueur froide eût saisi la duchesse.

— Mais cette histoire est, par circonstance, très-neuve, répondit-il.

— Comment cela ? je vous prie, de grâce, en quoi ?

— En ce que, madame, vous avez touché à la hache, lui dit Montriveau à voix basse.

— Quelle ravissante prophétie ! reprit-elle en souriant avec une grâce affectée. Et quand doit tomber ma tête ?

— Je ne souhaite pas de voir tomber votre jolie tête, madame. Je crains seulement pour vous quelque grand malheur. Si l’on vous tondait, ne regretteriez-vous pas ces cheveux si mignonnement blonds, et dont vous tirez si bien parti…

— Mais il est des personnes auxquelles les femmes aiment à faire de ces sacrifices, et souvent même à des hommes qui ne savent pas leur faire crédit d’un mouvement d’humeur.

— D’accord. Eh ! bien, si tout à coup, par un procédé chimi-