Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/109

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les défauts ; elle desiroit plus de rapidité dans la marche ; plus de chaleur et d’interêt dans les deux derniers actes : mais elle étoit elle-même forcée d’applaudir aux beautés frappantes qui brillent dans cet ouvrage. L’invention du sujet, le plus heureux peut-être qui soit au théâtre, le plus fécond en sentimens sublimes et en situations tragiques ; le caractère de Worcestre, celui d’Arondel ; non moins grand et plus original encore ; les traits males et fiers ; les beautés neuves et hardies, que présentent ces deux rôles ; l’héroisme touchant et sublime qui éclate dans celui d’Eugénie, tout cela annoncoit dans l’esprit du poète une élévation, une vigueur, faite pour atteindre à la hauteur de la tragédie, et qui nous force à regretter que d’autres ouvrages du même genre n’aient point suivi son premier essai.

Mais il dirigea bientôt aprèz ses traveaux vers un autre but.

Nous avons vu de nos jours le domaine du théâtre s’aggrandir par la naissance de ces productions connues sous le nom de Drames. Mais je ne sçais quelle manie poussa une foule de critiques à déclamer contre ce nouveau genre avec une sorte de fanatisme. Ces fougueux censeurs, persuadés que la Nature ne connoissoit que des Comédies et des Tragédies prenoient tout ouvrage dramatique, qui ne portoit pas l’un de ces deux noms, pour un monstre en littérature, qu’il falloit étouffer dèz sa naissance ; comme si cette inépuisable variété de tableaux intéressans que nous présentent l’homme et la Société devoit être nécessairement renfermée dans ces deux cadres ; comme si la nature n’avoit que deux tons ; et qu’il n’y eut point de milieu pour nous entre les saillies de la gaité et les transports des plus furieuses passions.

Mais les drames et le bons sens ont triomphé de toutes leurs clameurs : C’est envain qu’ils ont voulu nous faire honte du plaisir que ces ouvrages nous procuroient et nous persuader qu’il n’étoit permis de s’attendrir que sur les catastrophes des rois et des héros : tandis qu’ils fesoient des livres contre les drames ; nous courrions au théâtre les