Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/203

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la première fois à nos sacrés mystères, il nous chanta des couplets dignes d’Anacréon ; mais l’état de foiblesse et de souffrance où nous le vîmes alors nous fesoit craindre qu’il ne se pressât trop de descendre vers la fatale barque par les sentiers qu’Anacréon lui avait fraies ; mais à peine eut-il passé une heure auprès de nous lorsqu’il s’écria dans un transport d’allégresse qu’il sentoit déjà la vertu rosatique qui agissoit en lui et qui lui rendait ses forces et sa gaîté première ; et dès ce moment sa santé raffermie de jour en jour nous a donné la précieuse certitude de le conserver encore au moins pendant plusieurs siècles.

Mais ce n’est pas tout de vivre longtems ; les rosatis ont encore l’avantage de vivre beaucoup ; car tous leurs momens sont remplis par de bonnes actions ; enfin, ils vivent agréablement ; d’abord une des plus précieuses prérogatives d’un Rosati, c’est que sa maîtresse ne peut jamais lui être infidèle ; il n’est pas moins sûr de la constance de ses amis ; du moins en trouve-t-il toujours dans ses frères ; ce n’est pas tout, s’il a embrassé l’état du mariage il peut se reposer même sur la vertu de sa femme ; exempt de la loi commune il est sûr d’échapper à toutes les disgrâces qui semblent menacer le vulgaire des maris, et jamais aucun obstacle ne dérange sur son front la couronne de fleurs dont il est orné ; enfin la vie d’un Rosati est un printemps continuel et partout les roses naissent en foule sur ses pas. Telle est notre destinée dans cette vie : mais lorsque nous serons parvenus au terme que les arrêts du destin ont marqué à notre séjour sur la terre, alors vainqueurs de la mort même, nous serons transportés sur un nuage brillant dans l’Élysée, où nous irons rejoindre nos illustres frères, Anacréon, Chaulieu, Trajan, Marc-Aurèle, et tous les demi-dieux qui ont fait la gloire du nom Rosati. C’est là que nous trouverons encore Sapho, Aspasie, Sévigné, La Suze, La Fayette et toutes les aimables sœurs dont les charmes changeroient le Tartare même en un lieu de délices ; c’est là que nous passerons des jours fortunés tantôt à leur chanter des vers charmans ins-