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ŒUVRES COMPLÈTES DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE

Robespierre s’adressa à Merigot jeune, libraire, quai des Augustins[1] ; l’impression des deux travaux était achevée à la fin de l’année 1784.

Je ne veux point comparer ces deux Discours sur les Peines Infamantes écrits par deux avocats d’âge et de maturité d’esprit très différents. Sans aucun doute les Réflexions préliminaires sur les Préjugés nationaux que Lacretelle a ajoutés au discours envoyé à Metz, le développement même de ses discours qui ont plus d’ampleur, plus d’envergure, révèlent un écrivain rompu aux tournois académiques et initié au procédé des paradoxes heureux. Robespierre, qui est à son coup d’essai, n’a pas autant de savoir-faire, caresse moins son style et n’est pas aussi « prêt de l’art, ou plutôt du talent d’enchaîner fortement ses idées, de grouper ses tableaux, de varier les formes de son style et d’y jeter cet éclat qui anime sans fatiguer ». Je me permettrai d’autant moins de comparer ces deux œuvres que Lacretelle (premier prix) s’est chargé lui-même d’apprécier et de juger celle de Robespierre (deuxième prix) ; aussi bien en a-t il fait, dans le Mercure, la critique[2].

On trouvera peut-être qu’il y a quelque présomption, voire même une vanité outrecuidante à juger un concurrent par ce qu’on a écrit soi-même et en se citant comme modèle. Lacretelle ne le pensait pas ; il parlait avec assez de candeur pour écarter ce soupçon et rendait justice avec une satisfaction libre et entière. Écrivain connu et apprécié, il pouvait faire toucher du doigt les défauts d’un débutant, dont il louait l’esprit juste, l’éloquence simple et la sensibilité. Aussi bien le critique fut-il très mesuré, ses coups de patte furent très légers ; il adressa moins de reproches qu’il ne donna de conseils à un jeune confrère qui certes « ne vivait pas à Paris, où le commerce des gens de lettres déve-

  1. Le mémoire de Robespierre parut chez Merigot en 1785 et comprend 60 pages.
  2. Cet article a été réimprimé dans les Œuvres Diverses, op. cit., t. p. 328-352. Nous le donnons à notre tour à l’appendice IV.