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ŒUVRES COMPLÈTES DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE

gaire. Un professeur royal d’hébreu, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Garnier, demandait dans son ouvrage sur l’Homme de Lettres[1] qu’on employât à détruire les préjugés et l’erreur le temps qu’on passait trop souvent à les nourrir, les multiplier et les répandre ; il souhaitait que le principal objet de l’application et des travaux des gens de lettres, fût de rendre les hommes meilleurs et plus heureux ! C’est une idée semblable que développe Robespierre dans l’édition de 1785[2], et dans des termes presque identiques.

Peut-on faire un grief à Robespierre de s’être inspiré des considérations sur les mœurs de Duclos et surtout du Traité des délits et des peines de Beccaria ? ce serait en quelque sorte lui reprocher ses lectures, lui reprocher de s’être tenu au courant des écrits philosophiques et criminalistes de son temps. Les Académies de province, par le choix des sujets proposés en prix, n’avaient d’ailleurs pas peu contribué à appeler l’attention des philosophes et des juristes sur les problèmes les plus ardus de la législation criminelle ; celle de Châlons avait mis au concours en 1783 « les moyens de rendre la justice en France avec le plus de célérité et le moins de frais possibles[3] ; en 1780, les moyens d’adoucir la rigueur des lois pénales ; elle avait couronné deux mémoires, l’un de Brissot, le futur girondin, avocat au Parlement de Paris qui se faisait appeler alors Brissot de Warville[4], l’autre de Bernardi, avocat au Parlement d’Aix. Le premier, criminaliste distingué, célèbre par sa théorie des Lois criminelles parue en 1780[5], réclamait des

  1. L’Homme de Lettres. Paris, chez Panckoucke, libraire, rue et à coté de la Comédie Française, 1764.
  2. Page 42-43.
  3. Discours qui a remporté le prix à l’Académie de Chalons en l’année MDCCLXXXIII sur cette question proposée par la même Académie. « Quels seroient les moyens de rendre la justice, etc. À Beauvais, chez la veuve Desjardins, imprimeur, rue Saint-Jean, MDCCLXXXIX. in-4° x-192-47 p.
  4. Brissot était né en 1764, à Ouarville, près de Chartres.
  5. De 1780 à 1786 Brissot fit paraître 10 volumes de la Bibliothèque philosophique du législateur, du politique et du jurisconsulte sur les lois criminelles.