Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/38

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public ; lorsqu’ils ne pensent aller qu’au but de leurs passions particulières ; cet honneur enfin, souvent aussi bizarre dans ses loix que grand dans ses effets ; qui produit tant de sentimens sublimes et tant d’absurdes préjugés, tant de traits héroiques et tant d’actions déraisonnables[1] ; qui se pique ordinairement de respecter les loix, et qui[2] quelques fois aussi se fait un devoir de les enfreindre ; qui prescrit impérieusement l’obéissance aux volontés du prince ; et cependant permet de lui[3] refuser ses services, à quiconque se croit blessé par une injuste préférence ; qui ordonne en même temps de traiter avec générosité les ennemis de la patrie, et de laver un affront dans le sang du citoien.

Ne cherchons point ailleurs que dans ce sentiment, tel que nous venons de le peindre la source du préjugé dont nous parlons[4].

Si l’on considère la nature de cet honneur, fertile en caprices, toujours porté à une excessive délicatesse, appréciant [5] les choses par leur éclat plutôt que par leur valeur intrinsèque, les hommes par des accessoires, par des titres qui leur sont étrangers autant que par leurs qualités personneles, on concevra facilement, comment il a pu livrer au mépris ceux qui tiennent à un scélérat flétri par la société.

Il pouvoit établir ce préjuge d’autant plus aisément, qu’il étoit encore favorisé par d’autres circonstances relatives à la nature du gouvernement dont je parle.

L’état monarchique exige nécessairement des prééminences, des distinctions de rangs, surtout un corps de noblesse, regardé comme essentiel à sa constitution, suivant ce principe que Bacon a[6] développé le premier : sans nobles point de monarque ; sans monarque, point de nobles. Dans ce gouvernement l’opinion publique attache avec raison un prix infini à l’avantage de la naissance : mais cette

  1. Édition de 1785 : actions extravagantes.
  2. qui deest.
  3. lui deest.
  4. dont il est ici question.
  5. appréciant souvent les choses.
  6. avoit développé avant Montesquieu.