Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/51

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quelque fois de justes craintes les forcent à recourir à cette dangereuse ressource ; combien de fois ce prétexte n’est-il qu’un moien de surprendre la religion des souverains ? combien de fois ne sert-il pas d’instrument aux vengeances domestiques ? combien de fois la haine ou la cupidité d’un pere injuste, d’une marâtre cruelle, d’un frère jaloux, d’une perfide épouse ne sont-ils pas le seul crime des malheureux sur qui l’on cherche à appesantir le bras de l’authorité !…

Je crois en avoir assez dit pour mettre tous les esprits a portée de juger si le préjugé dont je parle est plus nuisible qu’utile.

Mais que sert de le dénoncer à l’indignation publique ? N"est-il pas destiné à triompher de tous les efforts de la raison ? peut-on espérer de guérir jamais les hommes de ce mal invétéré ?

Ainsi raisonne[1] le vulgaire ; mais l’homme fait pour penser rejette ce funeste présage.

Les préjugés invincibles ne sont faits que pour les temps d’ignorance, où l’homme courbé sous le joug de l’habitude regarde toutes les coutumes anciennes comme sacrées, parce qu’il n’a ni la faculté de les apprécier, ni même l’idée de les examiner : mais dans un siècle éclairé, où tout est pesé, jugé, discuté ; où la voix de la raison et de l’humanité retentit avec tant de force ; où devenus plus sensibles et plus délicats en raison du progrés de nos connaissances, nous nous appliquons sans cesse à diminuer[2] le nombre de nos maux et a augmenter nos jouissances, un usage atroce ne peut lontems retarder sa ruine, que lorsqu’il[3] est protégé par les passions des hommes, où par le crédit d’un trop grand nombre de citoiens intéressés à le perpétuer : mais le préjugé dont je parle[4] n’est utile à personne ; il est redoutable à tous ; la société entière demande qu’il périsse.

N’en doutons pas[5]

  1. Édition de 1783 : p. 41, ainsi parle
  2. diminuer nos misères et à augmenter
  3. ruine, s’il n’est protégé
  4. dont nous parlons.
  5. Oui, Messieurs, le seul progrès des lumières suffiroit peut-être pour amener tôt ou