Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/58

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APPENDICE I
Variante de l’édition de 1785[1].


Craignons son énergie même qui va se tourner en haine et en désespoir… Je ne pense pas sans frémir aux mouvemens terribles qui doivent agiter une ame forte, dans cette inconcevable situation : je crois voir une de ces familles, que le préjugé a précipitées à ce dernier degré des misères humaines.

C’étoient des hommes pleins de talens et d’honneur : enflammés par une noble ambition, encouragés par l’estime publique, ils marchoient à grands pas vers la gloire et vers la fortune… Tout a changé : un moment de délire a égaré quelqu’un de leurs proches, et les Loix l’ont puni. Accablés de ce coup horrible, ils sont demeurés long-tems ensevelis dans un slupide abattement. Enfin ils ont levé les yeux en tremblant vers leurs concitoyens ; leur foible voix n’a osé se faire entendre ; mais un regard où la crainte se peignoit avec la douleur, a imploré pour eux la protection de ceux qui les environnoient… mais le terrible préjugé leur a défendu d’écouter la pitié ; tous ont détourné les yeux et, les ont voué pour jamais à l’abandon, à la misère, à l’infamie… Que faites-vous, citoyens insensés ? Comment osez-vous ravir à ces infortunés l’honneur et l’espérance, si vous ne pouvez, leur arracher en même tems ce courage et cette ardente sensibilité que leur donna la nature ? Que feront-ils désormais de ces âmes fières et actives dont ils portent tout le poids ? Vous ne voulez plus qu’ils les exercent pour la gloire, pour la vertu, pour la Patrie ; à quoi les emploieront-ils donc ? Au crime et à la vengeance. Tous les biens qui peuvent flatter le cœur de l’homme et occuper son activité, se sont tout à coup éclipsés pour eux ; l’amitié, l’amour, la bienfaisance, toutes ces affections douces qui consolent et qui élèvent l’ame leur sont désormais interdites ; s’ils jettent les yeux autour d’eux, ils ne voient plus que des oppres-

  1. Voir plus haut, p. 38.