Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/176

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12S BIOGRAPHIES

père, et luy dit qu'il falloit le mettre sur le ventre de l'en- fant. Mon grand père le fit mettre; et à midy, revenant du palais, il trouva toute la maison en larmes, et on luy dit que l'enfant estoit mort ; il monta, vit sa femme dans les larmes, et l'enfant dans le berceau, mort, à ce qu'il paroissoit. Il s'en alla, et en sortant de la chambre il ren- contra sur le degré la femme qui avoit porté le cataplasme, et attribuant la mort de cet enfant à ce remède, il luy donna un soufflet si fort qu'il luy fit sauter le degré. Cette femme se releva et luy dit qu'elle voyoit bien qu'il estoit en colère, parce qu'il croyoit que son enfant estait mort ; mais qu'elle avoit oublié de luy dire le matin qu'il devoit paroistre mort jusqu'à minuit, et qu'on le laissât dans son berceau jusqu'à cette heure là et qu'alors il reviendroit. Mon grand père rentra et dit qu'il vouloit absolument qu'on le gardât sans l'ensevelir. Cependant l'enfant parois- soit mort; il n'avoit ni pouls, ni voix, ni sentiment; il devenoit froid, et avoit toutes les marques de la mort ; on se moquoit de la crédulité de mon grand père, qui n'avoit pas accoutumé de croire à ces sortes de gens là.

On le garda donc ainsy, mon grand père et ma grand mère toujours prescns ne voulant s'en fier à personne ; ils entendirent sonner toutes les heures, et minuit aussy sans que l'enfant revint. Enfin entre minuit et une heure, plus prez d'une heure que de minuit, l'enfant commença k bâiller ; cela surprit extraordinairement : on le prit, on \e rechauffa, on luy donna du vin avec du sucre ; il l'avala; ensuite la nourrice lui présenta le teston, qu'il prit sans donner neantmoins des marques de connoissance et sans ouvrir les yeux ; cela dura jusqu'à six heures du matin qu'il commença à ouvrir les yeux et à connoistre quel- qu'un. Alors, voyant son père et sa mère l'un prez de l'autre, il se mit à crier comme il avoit accoutumé ; cela

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