Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/174

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui rappelle cette forme de malédiction ordinaire aux anciens Bretons : Puissiez-vous être enseveli sous un cairn[1] !

En approchant de ce lieu funeste et de triste présage, notre héroïne s’arrêta et regarda la lune qui se montrait au nord-ouest dans tout son plein, et répandait une clarté plus vive qu’au moment où elle s’était mise en route. Après avoir contemplé quelques instants cette belle planète, elle tourna la tête lentement avec crainte vers la butte dont elle l’avait d’abord détournée, mais elle fut trompée dans son attente. Elle ne vit que le petit tas de pierres grisâtres sur lesquelles tombaient les rayons de la lune. Son esprit se perdit dans une multitude de conjectures vagues. Celui qui lui avait écrit l’avait-il trompée ? ne paraîtrait-il pas au rendez-vous, ou était-il en retard ? Était-ce quelque accident imprévu qui l’empêchait de paraître comme il se le proposait ; ou si c’était un être surnaturel, comme ses craintes secrètes le lui disaient, son but avait-il été seulement de l’abuser par de fausses espérances et de l’exposer à un effroi et à des fatigues inutiles, suivant les habitudes qu’elle avait souvent entendu attribuer à ces esprits errants ? Peut-être voulait-il la terrifier inopinément par l’horreur soudaine de sa présence, lorsqu’elle aurait atteint le point fixe du rendez-vous ? Ces inquiétantes réflexions ne l’empêchèrent pourtant pas de s’approcher de la butte d’un pas décidé, quoique lent. Quand elle fut à deux pas environ du tas de pierres, une figure en sortit soudainement, et Jeanie eut de la peine à retenir un cri d’alarme en voyant se réaliser ses craintes les plus effrayantes. Elle se contraignit cependant au point de garder le silence. Il y eut une pause pendant laquelle, dans une douloureuse incertitude, Jeanie attendait que l’individu qui venait de lui apparaître commençât la conversation, ce qu’il fit en demandant d’une voix que l’agitation rendait sourde et tremblante : « Êtes-vous la sœur de cette malheureuse jeune fille ? — Je suis, je suis la sœur d’Effie Deans, s’écria Jeanie ; et par l’espoir que vous avez dans la miséricorde de Dieu, dites-moi, si vous le pouvez, ce qu’on peut faire pour la sauver. — Je n’espère pas dans la miséricorde de Dieu, je ne l’ai pas méritée, je n’en attends pas de lui. Telle fut la singulière réponse de l’inconnu, qui prononça ces paroles de désespoir d’un ton plus calme que celui avec

  1. Cairn, mot écossais qui répond à celui de tumulus : c’est un amas de pierres sur le lieu où un mort a été enseveli, chaque passant y en ajoutant une nouvelle, comme l’explique le texte. a. m.