Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/199

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


moi-même sur un petit morceau de linge qui avait été taché du sang d’un jeune enfant nouveau-né, qui avait été blessé, je ne sais comment, et il ne veut pas s’en aller. Vous allez dire que c’est une chose étrange ; mais je l’apporterai ici auprès du puits de Saint-Antoine, par quelque belle nuit comme celle-ci, et j’appellerai Aylie Muschat, de sorte qu’elle et moi nous ferons une grande lessive, et nous étendrons notre linge sur l’herbe, aux rayons de la lune. La lune me fait beaucoup plus de bien que le soleil, le soleil est trop chaud ; et vous savez, mesdames, que ma tête est déjà bien assez chaude comme çà. Mais la lune, et la rosée, et le vent de la nuit, viennent rafraîchir mon front brûlant, et quelquefois il me semble que la lune brille tout exprès pour me faire plaisir quand personne ne la voit que moi. »

Elle débita ces paroles empreintes du délire de la folie avec une volubilité prodigieuse, marchant à grands pas, et entraînant avec elle Ratcliffe, qui cherchait ou du moins semblait chercher à lui faire baisser la voix.

Tout-à-coup elle s’arrêta tout court sur le haut d’un petit monticule, regarda fixement le ciel, et resta cinq minutes sans dire un seul mot. « Quel diable a-t-elle maintenant ? dit Sharpitlaw ; ne pouvez-vous la faire aller en avant ? — Il faut avoir un grain de patience avec elle, dit Ratcliffe ; elle ne fera pas un pas plus vite que cela ne lui convient. — Que le diable l’emporte ! dit Sharpitlaw ; j’aurai soin qu’elle aille faire une visite à Bedlam ou à Bridwell : l’un ou l’autre de ces endroits lui convient également, car elle est à la fois folle et méchante. »

Pendant ce temps Madge, qui avait paru fort pensive en s’arrêtant, partit tout-à-coup d’un violent éclat de rire, puis elle s’arrêta et soupira amèrement, fut saisie ensuite d’un second accès de rire, et enfin fixant de nouveau ses yeux sur la lune, elle éleva la voix et chanta :

Bonsoir, belle lune, bonsoir ;
Lune, montre-moi, je t’en prie,
Les traits, le rang et le savoir
De l’amant sur qui mon espoir
Fonde le bonheur de ma vie.

« Mais je n’ai pas besoin de demander cela à la lune, je le sais assez moi-même ; et pourtant ce n’était pas un amant fidèle ! Cependant personne ne dira que j’en aie jamais parlé. Il y a des moments où il me semble que j’aurais voulu que l’enfant eût