Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/222

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


parmi ceux de son opinion en matières religieuses, que de décider jusqu’à quel point le gouvernement qui avait succédé à la révolution pouvait être reconnu sans péchés par les vrais presbytériens, dès qu’il ne reconnaissait pas lui-même la grande ligue solennelle, ou pacte national appelé le Covenant. Depuis peu ceux qui professaient cette doctrine générale, et qui se donnaient les titres pompeux d’anti-papistes, anti-épiscopaux, anti-érastiens, anti-sectaires, de véritables débris du parti presbytérien, s’étaient divisés eux-mêmes en plusieurs petites sectes qui avaient chacune une opinion différente sur le degré de soumission qui était dû aux lois et aux chefs du gouvernement actuel, et qu’on pouvait lui accorder sans péché.

Dans une assemblée très-orageuse qui eut lieu en 1682 pour discuter ces points importants et délicats, les opinions d’un petit nombre de fidèles se trouvèrent entièrement différentes les unes des autres. Le lieu où cette conférence s’était tenue était en harmonie parfaite avec une telle assemblée. C’était une vallée sauvage et écartée du Tweeddale, entourée de hautes montagnes et très-éloignée de toute habitation humaine. Une petite rivière ou plutôt un torrent de montagne, appelé le Talla, traverse le vallon avec une grande impétuosité et y forme successivement différentes petites cascades, qui ont fait donner à ce lieu le nom de Talla-Linus[1] Là, les chefs des partisans dispersés du Covenant, que leur bannissement de la société humaine et le souvenir des rigueurs auxquelles ils avaient été exposés avaient rendus aussi sombres de caractère que singuliers dans leurs opinions religieuses, se rassemblèrent, les armes à la main, et discutèrent à côté d’un torrent, avec une confusion que le bruit de la cascade ne pouvait couvrir, sur des points de controverse qui n’avaient ni plus de solidité ni plus de consistance que l’écume du torrent mugissant auprès d’eux.

Le jugement irrévocable de la plupart de ceux qui composaient cette assemblée, était que tout paiement de taxe ou de tribut au gouvernement existant devait être considéré comme entièrement illégal, et une espèce de sacrifice aux idoles. Relativement aux

  1. Cette assemblée remarquable eut lieu le 15 juin, et on trouve le rapport des débats et des contestations qui s’y élevèrent dans un ouvrage de Michel Schield, intitulé Faithful contending displayed, Glasgow, 1780. Elle offre un triste et singulier exemple de l’influence de l’esprit métaphysique et polémique qui s’était emparé de ces pauvres gens persécutés, puisqu’au milieu de tous les maux qu’ils avaient à souffrir et des persécutions réelles, ils y ajoutaient encore entre eux la désunion et la discorde sur des points purement imaginaires.